La relation à soi explique toujours la relation à l’autre. Et la relation à sa propre liberté et à son émancipation individuelle (épanouissement) explique tout autant les aisances et les difficultés rencontrées à la relation à l’autre.
Dans la recherche de liberté supplémentaire, l’être est tel un oiseau cherchant à déployer ses ailes et à s’envoler vers d’autres horizons, vers l’inconnu, à voler plus haut dans le ciel. Vouloir atteindre des sommets suggère souvent de marcher seul. La quête d’oser être soi-même, totalement soi-même, sans l’imposer aux autres est une quête d’accomplissement et d’épanouissement. elle demande beaucoup d’efforts et souvent une solitude encore inconcevable pour les autres. Mais ce qui n’est pas possible pour eux peut l’être ou le devenir pour soi. L’électron libre est presque un addict/dépendant à sa liberté de mouvement, de choix et il ne demande à personne de le suivre comme il refuse que quiconque l’empêche d’aller là où bon lui semble ou le suive pour de « mauvaises raisons ». Il n’a pas peur de l’engagement comme beaucoup semblent le penser. Il préfère être seul que « mal accompagné » et il a surtout besoin d’aller à son rythme et que rien ne l’empêche d’aller là où il a envie d’aller. La solitude peut parfois lui peser mais il préférera de loin être seul que de sacrifier sa liberté. Je vous invite à écouter une petite vidéo sur ma chaîne Youtube où j’explique cette confusion: Peur de l’engagement ou peur de ne pas pouvoir changer et évoluer?
Se pose une question élémentaire à savoir si la liberté ne condamne pas à une forme de solitude ou si cette solitude ne contribue pas à la liberté et l’accomplissement de soi.
Le paradoxe est d’observer un phénomène où l’émancipation change progressivement voir radicalement le rapport à la solitude qui pour beaucoup ne devient plus « un problème » mais un « confort de vie », comme une tranquillité supplémentaire et une force insoupçonnée. Les biens faits de la solitude en surprennent plus d’un. Cela n’empêche en rien le manque que cette solitude, parfois trop longue dans la durée, peut générer créant un déséquilibre qui s’explique et n’ayant rien à voir avec la dépendance affective ou existentielle. https://adelineferlin.com/etre-seul-se-sentir-seul-vivre-seul/.
La liberté dont je parle n’a rien à voir avec l’abandon ou l’égoïsme, bien au contraire, elle est un acte de générosité et de don à soi et aux autres. Offrir sa liberté d’être soi c’est offrir à l’autre la liberté d’être lui. Elle est inspirante par ce qu’elle permet aussi de réaliser. Être soi n’est pas ce qui est le plus complexe dans l’histoire. La difficulté est précisément d’assumer les conséquences de prendre cette liberté. C’est toujours très facile de parler de liberté, cela paraît évident dit comme ça mais assumer ce qu’elle implique et demande réellement revient à assumer son niveau d’exigence. Les personnes que j’accompagne dans ce processus le constatent par elles-mêmes et vont se sentir partagées par les avantages et les inconvénients de la liberté dont la solitude.
Lasse de voler seul, l’électron libre aimerait enfin rencontrer un oiseau qui vole avec qui partager la même notion et incarnation de la liberté. Il a souvent du mal à se faire comprendre dans son aspiration et peut se méprendre sur le reflet de sa liberté sur les autres. Combien de fois j’ai entendu : « je fais peur aux hommes, aux femmes » ne se sentant pas choisi et à qui je le réponds: « non ce n’est pas toi qui leur fais peur, c’est ta liberté. » Ils ont raison en soit de dire que la liberté fait peur car personne ne peut contrôler un électron libre et la seule chose qui les freinent vraiment c’est leurs propres confusions quand à leur peur de finir seul(e), comme une fatalité. Forcément qu’ils s’interrogent et beaucoup expriment leurs profondes déceptions de ne pas rencontrer (ou trop rarement) des personnes ou la personne qu’elles espéraient rencontrer après tout ce travail et ces efforts. Frustrées de ne pouvoir partager ce qu’elles découvrent, vivent et sont devenues, peu réalisent que l’écart, déjà existant auparavant, s’est creusé davantage au profit de cette liberté. Se sentant encore plus seules qu’auparavant, la solitude n’est plus vécue comme une souffrance, mais comme une inquiétude à savoir si cette liberté les privera d’une rencontre à jamais.
Dans son envolée solitaire, dans sa libération dont il savourera un certain temps tous les bénéfices, l’oiseau libre finira par s’étonner de rester seul malgré tous les efforts fournis pour atteindre ce niveau. « C’est génial d’être si haut mais il n’y a personne là-haut! ». Il s’interroge sur l’interêt de cette liberté pour lui si c’est pour « finir » et voyager seul. Il peut exprimer la sensation d’avoir été trompé et leurré sur la « marchandise ». Il a surtout projeté la liberté et la finalité d’une guérison.
Le voyage solitaire bien que salutaire, interroge. Pourquoi « ça ne marche pas? Pourquoi je ne rencontre personne? pourquoi je n’y ai pas droit? » estimant parfois le mériter autant que les autres (voir plus) avec tout ce qu’il a dû traverser et vivre pour en arriver là. Le doute peut s’installer, tout dépend de comment a été projeté la reconquête de soi et ce qu’il pensait trouver à l’arrivée. Il n’est pas rare d’entendre que l’amour de soi serait la clé permettant de rencontrer la « bonne personne » ou de retrouver « l’être aimé » (courant dans le processus des âmes jumelles). C’est motivant d’un certain côté, il faut le reconnaître mais décevant quand cela n’arrive pas. Si l’amour de soi se pose comme une condition pour enfin vivre la relation d’amour infini pour l’éternité et ne plus jamais être seul ( pas dans le sens dépendance), il est légitime d’être dérouté et se sentir perdu dans ce ciel semblant si grand et si vide tout d’un coup. La seule relation d’amour infini qui était recherché était le sien. Vouloir partager la reconnaissance de soi est tout à fait légitime.
Éprouver le désir et l’envie de partager cette nouvelle version de soi est telle une offrande précieuse cherchant à se diffuser, se propager, se répandre, se donner. Il est normal de ne pas vouloir l’offrir à n’importe qui et il n’y a rien de choquant ni de prétentieux à cela. Quand cette rencontre n’a pas lieu, l’aigle solitaire, peut vite se sentir isolé dans cet immense espace désertique. Et à force de ne rien voir apparaître à l’horizon, peut s’interroger sur l’interêt de voler et planer seul, en haute altitude certes, mais seul. Il peut commencer à s’inquiéter et à douter de son aspiration se demandant si il ne vole pas trop haut, n’est pas trop exigent. Il lui traverse même l’esprit de redescendre un peu, histoire de palier à cette solitude trop longue remettant en question ce pour quoi il s’est tant donné. Divisé entre sa liberté et sa solitude, il se demande si il pourra bénéficier des deux et a la sensation de devoir faire des sacrifices.
La liberté est l’oeuvre de la résilience.
Je n’ai pas de réponse toute faite à savoir si elle/il restera seul ni combien de temps même si on me pose souvent la question. Je peux juste dire que selon moi la vie fait absolument tout pour que rien ni personne l’empêche de voler et d’accomplir son destin même si cela implique de le faire seul. Rien ne doit empêcher ni ralentir sa propre réalisation. La solitude ne doit en aucun cas être un frein à une quête de sens personnelle, à se demander si ce n’est pas elle-même qui la renforce et la permet à certains moments. De plus l’envie de partage évolue et très bizarrement ne devient plus une nécessité absolue. Cette envie se manifeste le plus souvent dans l’effervescence et l’excitation du renouveau, ses nouvelles découvertes que l’on a envie de montrer aux autres « regardes, regardes ce que j’ai trouvé! »
Un peut mot pour ceux et celles dont la quête est l’autre. C’est un droit et une liberté comme une autre, il suffit de se réconcilier avec et assumer son essentiel qui diffère en fonction des gens.
Je ne pense pas que le sujet soit ici de renoncer à l’un ou à l’autre mais une question de choix dans ses priorités à certains moments de sa vie et il est vrai certains ne sont plus prêts à renoncer à eux. Choisir l’autre ne doit plus être un renoncement à soi, d’où l’expression « tout vouloir » pouvant être perçu comme présomptueux autours de soi. Qui ne s’est pas entendu dire en osant parler de ses aspirations « mais tu rêves, c’est trop, ç n’existe pas, parfois i faut savoir faire des concessions, etc… ». Qui a choisi de les croire ou de se croire et de rester fidèle à ses rêves, sans pour autant perdre de vu sa réalité et continuer de grandir, de se dépasser pour y parvenir? Qui a choisi d’emprunter ce nouveau chemin pour découvrir sans le savoir par avance ce qu’il avait à offrir?
Le piège de la métamorphose est de lui donner forme par avance en la projetant dans la matière sauf que l’on ne projette pas un renouveau (= inconnu). Il est voué à être vécu pour le découvrir. L’interêt de l’instant présent sera l’atout majeur car à trop vouloir vivre ce que l’on aimerait vivre le risque est de passer à côté de ce qui doit être vécu, à force de voir ce que l’on a pas, on ne voit pas ce que l’on a. De plus l’instant présent n’a rien de ferme ni de définitif. Attention je ne dis pas que c’est facile, j’alerte sur le fait de ne pas se méprendre.
Ne plus attendre la rencontre sans chercher à savoir qui, quand quoi et comment ne signifie absolument pas ne plus y croire. On parle ici de lâcher prise en cessant de contrôler comment on voudrait que le chemin se dessine. Avoir la foi absolue est selon moi la liberté absolue permettant d’aborder l’inconnu, chaque étape encore vierge de ses traces, dans la posture l’accueil afin de recevoir de la vie ce qu’elle estime juste à ce moment là. Quand on souhaite quelque chose de pus grand il est nécessaire d’accepter que ce quelque chose est forcement plus grand, de se sentir dépassé car ce plus grand sait déjà ce que nous ignorons encore avant d’avoir commencé. Alors qui aime l’ignorance et aime apprendre?
L’attente de l’autre pour aborder ce nouvel espace met en pause, en arrêt. L’attention, alors détournée à chercher l’autre tant espéré, fait que sans s’en rendre compte l’oiseau cesse de voler. Sauf que souhaiter rencontrer un oiseau qui vole suggère aussi de continuer de voler pour tracer sa route personnelle car pour la croisée des chemins est lieue, cela suggère 2 oiseaux qui volent et poursuivent leur voie. Je ne pense pas, qu’à ce stade, la rencontre se fasse autrement.
Je ne pense pas que ‘il soit possible de croiser un autre électron libre qui vole en restant soit-même statique et en cessant de suivre sa voie. C’est justement en la suivant que celle-ci peut se produire. Et pas seulement 1 fois (la preuve depuis que vous êtes arrivé sur terre).
Un petit clin d’oeil pour ceux et celles justifiant leur non rencontre avec le fait de ne pas avoir fini leur guérison intérieure, spirituelle. C’est une approche culpabilisante et une confusion qui ferait de la guérison une condition à la rencontre.
Sur le chemin, il y a des rencontres et des phases de solitude cela est vrai. La solitude spirituelle existe que l’on soit seul ou pas dans sa vie personnelle. La solitude extérieure n’a ici rien à voir avec la solitude intérieure. Celui-ci a effectivement besoin de combler sa propre absence par la présence de l’autre et sera probablement coupé (privé) de sa ressource extérieure pour réaliser sa dépendance et développer sa propre ressource équivalent à une prise d’autonomie et de liberté. Ainsi une solitude peut être une absence de ressources extérieures doublée de sa propre absence tout en semblant très entouré, tout en ayant du monde autours de nous. Il est juste plus facile et radical, en étant seul et sans personne autours de soi, de se sevrer étant donné qu’il n’y a personne à qui demander de faire le taff à sa place et de compenser son manque. Quand il n’y a plus de dealer, il n’y a plus de dose et la personne n’a plus le choix.
Celui qui est concerné par cette métamorphose intérieure, qu’il soit seul ou pas dans sa vie, ressentira dans tous les cas cette solitude. Une guérison s’accomplie toujours seul même si les autres y contribuent à leur manière en tenant des rôles bien spécifiques. Quand la nouvelle version toute neuve remplace l’ancienne, le changement opéré surprend car aller vers son nouvel essentiel peut donner une sensation de vide autours de soi, comme si plus rien ne correspondait à cette nouvelle version. Le renouveau, la renaissance ne signifie pas que tout est déjà en place et que la guérison n’a pas eu lieu. Donc attention aux idées reçues et comment la guérison a été projetée ou imaginée, comment elle prendrait forme dans la matière.
Adeline Ferlin, auteur. Février 2026.