Quand une personne s’émancipe peu à peu de sa dépendance affective et existentielle, quand elle n’est plus dans le sacrifice d’elle-même dans une relation d’amour à l’autre, quand elle apprend à ne plus s’oublier, à se considérer autant importante que l’autre, sans l’oublier non plus, quand elle trouve peu à peu cet équilibre, j’observe une confusion qui éclot en même temps que sa toute nouvelle version qu’elle ne connaît pas encore et qui s’installe progressivement.
Ayant projeté et imaginé comment serait sa vie après son émancipation sans savoir réellement comment cela se manifestera, elle exprime souvent la sensation d’être moins attachée, moins amoureuse, moins éprise.
L’attachement et les sentiments sans dépendance sont déstabilisants au début. On ne dirait pas de l’amour, en référence à la version quittée.
Ayant aimé dans le prisme de la dépendance, elle découvre l’amour après un sevrage et peut facilement croire qu’elle n’est pas vraiment amoureuse, alors qu’elle est juste moins dépendante.
Restant sur ses souvenirs d’avant (quand elle était amoureuse), elle se sent plus détachée et a des difficultés à discerner ce qui relève de l’amour et de la dépendance.
Ce qui change ce n’est pas le fait de moins aimer, mais de ne plus être dans la dépendance pour pouvoir aimer.
Inversement, celui ou celle qui est toujours dans un attachement dépendant peut se sentir moins aimé par celui qui s’émancipe. Beaucoup ont besoin de dépendance à eux pour se sentir aimé et ont besoin de se sentir dépendants, attachés par les chaînes de l’infini pensant alors que c’est cela aimer. L’émancipation peut ainsi être mal vécue.
Paradoxalement, il est plus compliqué qu’il n’y paraît d’être dans une relation sans dépendance. Tout le monde en parle, cela semble évident, mais ce n’est pas le reflet de la réalité. Il est compliqué de qualifier une personne plus dépendante que l’autre dans une relation. En général, il y a une co-dépendance. Elles ne se manifestent pas de la même manière mais chacune répond à l’autre. Il y a ceux qui sont dépendants de la dépendance des autres et c’est aussi une dépendance. Ce semblant de sécurité crée en réalité une atmosphère in-sécurisante nourrissant le besoin permanent de se sentir sécurisé, rassuré.
Un amour qui sort du prisme de la dépendance est le seul qui soit vraiment sécurisant. Il faut du temps pour s’y acclimater et faire la part des choses. N’étant plus dans la même quête, ses choix sont différent simplement parce qu’il n’est plus guidé par ce besoin absolument de se sentir aimé par l’autre, par les peurs d’abandon, de rejet, de trahison. Il n’est plus prêt à dépendre de quiconque pour compenser sa propre absence, sa propre infidélité et trahison, son propre abandon et rejet, tous ses propres manquements vis à vis de lui. Quand tous ces mouvements disparaissent, il est normal de se méprendre et de croire quelque fois que ce sont ceux de l’amour. Mais lui reste. C’est alors qu’on le découvre libre d’être lui.
Adeline Ferlin. Avril 2026
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