Être le facilitant pour les autres

Aimer c’est aussi savoir soutenir et aider en cessant d’être le facilitant dans le sens ici le faire à la place de l’autre.

Il y a 2 façons d’aider, d’aimer, de donner:

– la prise en charge

– l’accompagnement à la prise d’autonomie

Elles ont toutes les 2 du sens et leur utilité. Elles sont différentes et ne se comparent pas car répondent à des besoins/profils/contextes différents. 

Focus quand faciliter la vie des autres va à l’encontre de la prise d’autonomie.

Pas évident de faire la part des choses. Prise en charge ou aide à la prise d’autonomie? 

Le paradoxe est que le facilitant croit qu’en faisant à la place de l’autre, celui-ci va avoir un éclair de lucidité et va finir par comprendre et le faire par lui-même. Il manque bien souvent de reconnaissance et ressent de l’abus de celui/celle à qui il facilite la vie, l’existence. 

Passer d’une aide/prise en charge ponctuelle tel un don de soi pour dépanner, soulager, faire plaisir à une prise en charge chronique dans le sens où elle s’installe et devient un dû, une normalité et une habitude pour l’autre se fait très aisément. La frontière est mince et la bascule aussi.

L’ironie du sort est que bien souvent dans ce contexte là, le facilitant finit par saturer et se “plaindre” de la non autonomie de celui ou celle à qu’il a l’habitude de faciliter la vie en faisant les choses à sa place. Les reproches peuvent arriver. Il en a marre. 

Oui c’est très confortable et pratique un facilitant. Il est important de le reconnaître. Pourquoi le faire puisque le facilitant va le faire pour nous. Alors oui beaucoup en profitent.

Sans le savoir, le facilitant est en grande partie responsable de cette forme de dépendance à la facilité. Et c’est bien cela le sujet: éviter la dépendance.

La paradoxe est que le facilitant peut lui-même avoir besoin de cette dépendance car sans le savoir il se sent utile, exister dans le sens où il sert à quelque chose, il amène une valeur ajoutée., a une rôle, une place auprès de l’autre. Donc d’un côté il aimerait plus d’autonomie de la part de l’autre et de l’autre se sent inutile quand il devient ou est autonome.

Quand cela devient une habitude, un réflexe, compliqué de s’en dépêtrer.

La difficulté du facilitant est de se sevrer du besoin de l’autre pour mettre un terme à cette dépendance mutuelle. Il va devoir sortir de ses croyances et arriver à exister sans prendre en charge les autres pour apprendre à les accompagner à la prise d’autonomie. Ce n’est pas le même mouvement du tout. Le piège est qu’en cessant de faire pour les autres, ces derniers peuvent changer leur regard sur le facilitant qui devient le pas “gentil” sous-entendant qu’il n’est plus de l’amour ni en soutien. Alors que bien au contraire.

Cette confusion met le trouble. On le voit bien dans le rapport parents-enfants. Un parent peut rapidement culpabiliser si il ne facilite pas la vie de son enfant en le mettant face à ses responsabilités et en lui demandant d’assumer ses choix. Il est petit, il apprend il grandit. C’est éducatif et progressif et on peut très vite mal l’habituer sur certains sujets. Pourtant beaucoup de parents craignent le regard de leurs enfants sur eux en agissant de la sorte. Quand ils sont encore trop petits, il est normal d’en être responsables et de faire des choses à leur place mais progressivement il devient nécessaire de les guider à leur prise d’autonomie en fonction de leur âge bien-entendu. Une maman perd ses repères quand son enfant a de moins en moins besoin d’elle. Elle perd sa place et son rôle d’où l’importance de ne pas attendre leur majorité pour leur demander de se débrouiller tout seul parce qu’ils sont grands maintenant.

De plus il y a des tâches du quotidien que personnes n’aiment vraiment faire comme ranger, faire le ménage, les courses, la cuisine, gérer les plannings, l’administratif, etc…c’est pas marrant en soi pourtant il faut bien le faire. Cela fait parti aussi de nos responsabilités. Quand on choisit de se mettre en couple, avoir des enfants, un boulot, une maison, cela suggère d’assumer tout ce que cela implique même les aspects les plus pénibles.

Quand un choix n’implique que soi-même, la question ne se pose pas. Quand cela implique 2 personnes voir plus, chacun devra assumer sa part et certains ont l’art de se délester et de laisser faire les autres pensant que c’est moins pénible pour eux. Pas du tout, cela l’est tout autant, c’est ici une question de maturité, de responsabilités.

Certains facilitant ont du mal à déléguer aussi dans le sens où ce ne sera jamais fait aussi bien qu’eux et préfèrent le faire à la place de l’autre pour être sur que ce sera fait à leur façon. Dans ce cas là, le facilitant doit assumer ce choix et ne pas s’en prendre à l’autre. C’est un sujet qui n’est pas si simple que cela à aborder car cela demande au facilitant de lâcher du lest et apprendre aussi à laisser l’autre faire, le laisser apprendre et faire différemment de lui.

Je prends l’exemple du ménage à la maison qui peut créer des tensions. Demander à l’autre de participer, de prendre l’initiative et quand cela se présente émettre des critiques ne va pas motiver ni donner envie de persévérer car il peut avoir la sensation que cela ne satisfait pas , ne convient pas et ne va pas. Il préfère alors laisser tomber. C’est logique quand l’intolérance pointe son nez.

Mais revenons au facilitant qui apprend à ne plus faire à la place de l’autre. Il peut rapidement passer pour le « difficultant » jusqu’à croire que si c’est difficile c’est en partie de sa faute. 

C’est très difficile de laisser quelqu’un dans sa difficulté mais c’est aussi comme cela qu’on l’accompagne à sa prise d’autonomie. 

Il est clair que pour y arriver il est nécessaire de faire la part des choses et ne pas attendre de reconnaissance, de se faire confiance même si dans l’instant l’autre ne comprend pas, se sent livré à lui-même, en galère et le vit mal.

Le plus violent est la façon dont est perçu le don de l’autonomie comme un NON DON d’amour et il est légitime de mal vivre le fait que l’autre ne reconnaisse pas son don à la prise d’autonomie.

La réplique la plus courante que j’entends face au “arrêtes de le faire à sa place, cela ne l’aide pas” EST “oui mais si je ne le fais pas il/elle ne le fera pas.” Tout est dit. 

Nous ne sommes plus un facilitant dans le sens où nous laissons l’être concerné fasse à sa difficulté. En cessant d’être le FACILITANT nous devenons le DIFFICULTANT jusqu’à croire pour certains que nous sommes à l’origine de sa difficulté qui en soit est un opportunité pour lui de grandir, de s’épanouir, de s’autonomiser. C’est culpabilisant. Avoir la sensation de laisser galérer l’autre et d’être d’aucune aide est une confusion dans ce cas là.

La différence sera d’apprendre à ne plus porter l’autre mais à le soutenir dans sa difficulté. Soutenir ne veut pas dire porter/prendre sa difficulté. Elle est sienne. Soutenir sera de croire en lui, l’encourager, être présent, l’accueillir, faire preuve de compréhension même si cela lui semble facile, simple et évident pour lui. C’est un acte totalement différent qui va souvent être mal compris, accueilli par celui qui n’est pas habitué. Il peut se sentir abandonné. Il est simplement livré à lui-même. Il aura des attentes et quand on ne répond pas aux attentes des autres vous savez très bien par expériences ce que cela génère: reproches et exclusions de la case “gentil”, “aidant” voir “soutenant”, même “empathique”. cela peut aller loin, voir très loin parfois. Et le facilitant il ne veut surtout pas que l’on croit cela de lui.

Porter les difficultés de l’autre même si elles semblent faciles pour soi peut devenir lourd avec le temps. La fatigue peut aller jusqu’à l’épuisement physique, morale, mental voir émotionnel. Certains facilitants craquent et explosent en vol car ils sur-estiment leurs capacités en étant eux-mêmes confus, limités par leurs croyances et leurs craintes si ils cessant de tenir ce rôle.

C’est une limite qui doit être atteinte et vécue pour revoir sa copie et aider autrement.

Le capital énergétique ne sera plus suffisant dans tous les cas.

Le facilitant se sent démuni, incompris et a lui-même besoin de soutien et d’un peu de facilité. Le déséquilibre se fait ressentir.

Stopper d’être le facilitant bouscule les habitudes pour tout le monde et celui qui en profite ne comprend rien quand cela cesse. Il ne comprend pas ce revirement de situation. C’est parfois brutal, net et beaucoup de facilitants réagissent de façon violente. Le stop peut-être mal vécu des 2 côtés. C’est la conséquence d’un déséquilibre qui demande un rééquilibrage. Étant donné que c’est la nature du facilitant d’agir ainsi, même si son intention est de rééquilibrer la balance, il  est important pour opérer ce changement d’y aller progressivement et en douceur. Un changement ne se fait pas du jour au lendemain. 

Il va falloir commencer par ce qui semble le plus accessible et par étape. Il sera demandé d’apprendre à avancer à son rythme dans son rapport à soi et à l’autre en tenant compte de ses propres difficultés pour le coup.

Chercher chez l’autre le changement pour y enfin y arriver est un leurre. À part crée une attente vis à vis de l’autre et donc de la frustration cela s’avère souvent improductif.

Seul le facilitant peut appréhender et modifier son comportement d’aide puisque c’est lui qui en souffre au bout d’un moment.

Le discernement émotionnel permet d’appréhender la situation autrement: nous ne sommes pas l’objet de la difficulté d’autrui ni de la solitude face à elle, elle existe déjà. 

Personne n’aime la difficulté. Elle fait partie du chemin et c’est en la dépassant soi-même que nous grandissons, prenons de l’autonomie et surtout confiance en soi. La difficulté, quelqu’elle soit est désagréable pour tout le monde.

Alors si vous êtes un facilitant pas nature et que vous aimez rendre la vie plus facile, plus agréable et rendre service, ne confondez pas cette aptitude naturelle d’être au service de l’autre avec sa prise en charge qui finalement peut aider ou soulager un temps mais qui dans la durée deviendra une charge puis une surcharge.

Vous n’êtes pas responsable des autres. Vous pouvez les aider à devenir responsables d’eux-mêmes en leur montrant la voie. Faut-il encore que l’autre soit dans cette démarche et en cela vous ne pouvez rien faire car ce n’est pas de votre ressort. Si la personne ne veut pas faire d’effort et préfère se reposer sur les autres plutôt que d’apprendre par elle-même, il conviendra qu’elle en assume également les conséquences. Ce n’est pas à vous de le faire car en cela vous ne l’aidez absolument pas.

Adeline Ferlin

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