La difficulté vécue est relative et propre à chacun. Il n’y a aucune comparaison à faire et c’est toute la difficulté justement.
Beaucoup en souffrent et se sentent seuls face au degrés de leurs propres épreuves qui par définition sont difficiles sinon cela ne serait pas une épreuve pour eux.
Combien évoquent cette souffrance de ne pas être entendus et reconnus voir soutenus. Ils ne se sentent pas compris et ne reçoivent pas la compassion, l’empathie désirée et surtout à la hauteur de ce qu’ils vivent. Parfois je ne sais pas si eux-mêmes savent ce qu’ils attendent exactement des autres. tout ce que je sais c’est qu’ils se sentent incompris et seuls et que ce qu’ils reçoivent n’est pas à la hauteur de ce qu’ils vivent. Eux mêmes en abordant ce sujet ont des difficultés à exprimer ce qu’ils espèrent des autres ( ou du moins des plus proches) dans ces moments là. Ils ont des dialogues de sourds quand ils tentent d’évoquer leurs manques et ce dont ils ont besoin. Ils n’arrivent pas à se faire comprendre, cela crée des malentendus voir des tensions.
En réalité ils veulent juste être écoutés, entendus et accueillis dans leur difficulté. Ils ont besoin d’exprimer ce qui est dur pour eux, compliqué. C’est une façon d’extérioriser la difficulté du chemin emprunté sans chercher à se faire plaindre, ou à trouver un solution pour que cela change ou à relativiser même si cela peut être perçu de la sorte au premier abord.
Imaginez un randonneur qui arpente un chemin nouveau avec du dénivelé qui lui demande beaucoup d’efforts et « pas facile » à ce moment là pour lui. Imaginez qu’il ressent d’exprimer simplement que c’est dur sans intention particulière derrière, juste parce que c’est un constat, c’est ainsi qu’il le vit. Cela ne veut pas dire qu’il va abandonner, s’arrêter et renoncer. Même si il peut douter de sa capacité à y parvenir quand il est dans le dur, c’est à ce moment là qu’il a besoin de soutien, d’entendre « oui c’est dur, c’est normal, tu vas y arriver, vas à ton rythme, tranquille, fais des pauses si tu en ressens le besoin, regardes ce que tu as déjà parcouru, tu peux être fier, etc… ».
Diriez vous à un enfant de 6 ans qui a du mal à lire dans son apprentissage et qui dit: « je n’y arrive pas c’est trop dur » ce genre de propos? « Mais c’est facile il n’y a rien de compliqué, il te suffit de … »
Vous diriez: « mais c’est normal, c’est nouveau, tu apprends, tu vas y arriver, tu vas t’entraîner, moi je crois en toi. Regardes tu na savais pas faire de vélo, tu coryais ne pas y arriver et finalement aujourd’hui tu sais en faire. ».
Il n’a pas envie d’entendre » Mais non c’est facile! » ou lui dire ce qu’il a à faire, aurait dû faire, comment il devrait faire. Il veut juste se sentir légitimé et soutenu quand c’est difficile. C’est tout.
L’accueil de la difficulté n’est pas si simple que ce soit par les autres ou soi-même. Rien que d’oser l’exprimer peut être tout un exercice craignant de passer quelqu’un qui se plaint, râle ou s’apitoyant sur son sort. Oser dire c’est dur relève d’un défit pour certains s’exposant au risque de ses propres croyances internes ou réactions externes ( jugement, sur-relativité, pitiés, conseils, inquiétude, exagération, solutions, morale, jolies phrases, étonnement, indifférence).
Bref vous l’aurez compris cela ne correspond pas aux attentes de soutien et pourtant paradoxalement cela permet de savoir ce que signifie réellement le soutien pour soi.
Il n’est pas nécessaire d’avoir vécue exactement la même épreuve et donc le même niveau de difficulté ( même si c’est plus facile) pour accueillir la difficulté d’autrui, même si inexistante ou facile pour soi.
Aucunement besoin d’avoir exactement un vécu personnel identique pour savoir si pour lui ou elle c’est quand même difficile. C’est toute la subtilité. Accueillir est un espace d’expression où la personne peur déposer et nommer ce qu’elle vit, ressent sans chercher à changer cela.
Quelques pistes:
- Posez vous la question de comment vous êtes là à votre façon pour les autres quand ils vivent une épreuve. C’est intéressant d’observer son propre concept de soutien, de facilitateur et comment vous incarnez la présence et la considération.
- Observez aussi ce que vous ne recevez pas quand vous êtes vous mêmes en difficulté, ce qui vous manque et blessé le plus de la part des autres à ce moment là, ce que vous aimeriez recevoir.
Prenez le temps de vous demander à votre échelle et de votre point de vue ce que signifie l’accueil et ensuite acceptez que tout le monde n’en a pas la même définition. Identifiez qui autours de vous est capable de vous accueillir comme vous l’entendez et quand vous en ressentez le besoin, rapprochez vous d’eux. De plus, observez si des personnes de votre entourage viennent chercher ce soutien.
Le soutien est une ressource qui se développe, s’affine, se peaufine. Elle a de la valeur puisque regardez bien votre réaction quand vous la recevez.
Adeline Ferlin – Mai 2026
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