Les orphelins de la vie

Les orphelins de la vie

Les orphelins de la vie sont ceux qui se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes et doivent se débrouiller seuls.
Au cœur de l’abandon, ils ne se sentent pas soutenus et ne doivent compter que sur eux-mêmes. Forcés à ne pas s’abandonner eux-mêmes et à croire en eux, même si personne ne croit en eux, ils devront apprendre à se soutenir seul.


Et quand ils se retrouvent « seul contre tous » il leur faudra redoubler d’effort pour une fois de plus aller chercher cette ressource en eux.

« Le soutien de soi par soi » est une aptitude ou plutôt une ressource intérieure qui se développe grâce au non-soutien extérieur. Cette absence de soutien n’est absolument pas une punition, un acte de non-amour, de non mérite et ne définit en rien la valeur ou l’importance de la personne qui le vit. C’est une ressource encore inexistante, non développée qui ne peut être donnée. Il serait faux de croire que toute personne dans l’abandon de l’autre est apte à offrir cette capacité laissant ainsi croire à la personne abandonnée qu’elle est alors à l’origine même de ce non-don (définissant ainsi sa valeur, car on n’abandonne pas selon leur croyance une personne qui compte et a de la valeur).

L’abandon est une incapacité, une ressource non développée et par opposition le soutien en devient une.

Habitués à se débrouiller seuls, ils refusent toute aide extérieure tout en souffrant de ne pas en recevoir. Et quand l’occasion se présente, ils ont réellement beaucoup de difficultés à accepter le don des autres.
Sans le savoir, ils ont une définition bien à eux de l’aide et du soutien que peu comprennent. Ne supportant pas d’être pris en charge ni de se sentir redevable de quiconque, ils cherchent soutien, compréhension et reconnaissance, mais ne veulent surtout pas avoir besoin des autres pour y arriver. Eux-mêmes confondent encore la notion d’aide avec la dépendance à l’autre. Ultra vigilants à la dépendance, ils ne savent plus parfois distinguer un don de l’autre et un besoin personnel. Ils voudraient que ce soutien, cette présence, cette foi en eux arrivent naturellement sans rien avoir à demander, que cela vienne de eux-mêmes.
Demander de l’aide n’est pas du tout dans leurs habitudes. Mais même sans rien demander, quand quelqu’un se propose pour les aider, même là, ils se sentent mal à l’aise et peinent à recevoir. Pas simple.

La pénurie de soutien extérieur a donc renforcé et surtout permis l’émergence d’un soutien qu’eux-mêmes n’hésiteront pas à offrir aux autres sachant l’importance que cela pourra avoir tout en ne se refusant de prendre en charge les autres. « Je te soutiens, t’encourage, crois en toi, mais je ne le ferais pas à ta place ».
Pour ceux qui attendent d’eux une prise en charge de leur part, ils passeront pour des personnes parfois sans cœur, insensibles, dures qui ne sont pas dans l’aide à l’autre.

Ne dépendre de personne pour avancer et mener sa vie comme bon leur semble est une liberté qui n’a pas de prix, hormis peut-être celui de la solitude en termes de soutien. Leur philosophie est de savoir que « l’on est jamais mieux servi que par soi-même.»

Mais il y a une chose dont ils souffrent profondément. Il y a cette absence bien trop longue de ce « quelqu’un » qui saurait les soutenir à jamais et pour toujours. Épuisés et fatigués d’être toujours seuls, de toujours se débrouiller seuls, de ne compter que sur eux-mêmes (et cela n’a rien à voir avec la dépendance.), ils cherchent une forme de soutien perpétuel et définitive. Du soutien, ils en ont eu déjà, de temps en temps, de certains amis, parfois aussi la famille, un collègue, mais eux, ils veulent le soutien amoureux pour « toujours », « pour la vie ».

Ils aimeraient enfin entendre et vivre la rencontre ultime qui saura leur apporter cette sécurité de l’infini, jusqu’au bout ensemble, sans pause, sans absence, dans le quotidien. Cette présence à ses côtes chaque jour qui passe sans s’inquiéter d’un départ.
« Tu ne seras, plus jamais, seul (e), je serais toujours là pour toi, je te soutiendrais, je serais ton épaule, je crois en toi, en qui tu es et en ce que tu dois accomplir, tu pourras compter sur moi, jamais je ne t’abandonnerais, je te soutiendrais dans ta liberté, dans tes difficultés, je ne te prendrais jamais en charge, je ne ferais jamais les choses à ta place, je ne t’empêcherais jamais d’être toi, même si je ne te comprends pas parfois. Je te soutiendrais dans ta liberté, tes joies, tes chagrins, tes épreuves, tes victoires, toujours là pour toi à tes côtés.»

Ils vivent mal les séparations parce qu’elles les replongent encore une fois dans ce « encore tout seul » et ne comprennent pas pourquoi ils n’y ont pas droit. Ils s’accrochent non pas à « la personne en soi » mais à leur « présence » et refusent que ce soutien cesse. Une séparation les renvoie à la réalité du « le toujours et pour la vie, ce n’est pas encore là pour toi ». Cette évidence de la rencontre pour la vie (j’insiste vraiment sur le besoin que ce soit pour la vie – temps le plus long à cette échelle.) est l’expression d’une quête de sécurité, garantissant ainsi la fin d’une absence extérieure dont ils ne veulent plus dans cette vie.

Savoir que la personne la plus intime, proche d’elle, sera toujours là est le plus grand des réconforts pour eux.
Connaissant trop bien la solitude, les orphelins de la vie désirent et croient fort à ce cadeau de la vie, telle une récompense, un mérite bien gagné après tout ce qu’ils ont dû traverser et supporter. Ils attendent le retour d’un « absent » pour être et rester toujours à leurs côtés, ne plus jamais partir, repartir, fuir, affronter les épreuves, faire preuve de courage, de persévérance, de responsabilités, de maturité, etc.

Ces retrouvailles, tant espérées amènent souvent des désillusions liées à la projection et surtout l’attente du « pour toujours, pour la vie » de la part d’autrui.

La difficulté est de cesser de projeter cet infini, cette requête auprès de l’autre (« Tu resteras et ne partiras jamais plus ? Rien ne pourra nous séparer ? ») et attendre de lui ce que personne ne peut garantir en vrai. La liberté d’être soi, de suivre sa route, celle qui nous inspire fait que l’on se retrouve et se sépare aussi. Le soutien le plus infini est celui de la vie et le sien, 100% garanti.
Personne ne sait par avance la durée d’un lien, d’un tissage possible et cela n’enlève en rien la sincérité, la présence, le soutien, l’amour partagé et l’authenticité de l’instant. Les rencontres commencent et s’achèvent un jour sans savoir quand. Il y a celles qui durent et celles qui cessent.

Les orphelins de la vie, quand ils rencontrent et vivent une vraie présence extérieure, voudraient qu’elles perdurent et jamais ne cessent, ne les quittent. Ils feront tout pour que ce moment n’arrive jamais. Cette quête de l’infini des autres peut alors les perdre les amenant à l’abandon d’eux-mêmes encore une fois.

Adeline Ferlin

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