Se réconcilier avec la solitude

La connaissance de soi implique, que nous le souhaitions ou non, une période de solitude. C’est loin d’être une punition mais une nécessité pour nous aider.

Même si nous avons du mal à le croire, nous allons même y prendre goût jusqu’à apprécier enfin notre propre compagnie.

La solitude est une peur en soi car nous craignons qu’elle ne dure éternellement…que cela ne finisse jamais! La notion d’infini est ici difficilement supportable pour l’âme que nous incarnons. 

Certains pensent connaître la solitude. Etre autonome et avoir la capacité de faire certaines choses seul ou aimer être seul de temps en temps ne signifie pas que nous savons ce qu’est et implique la solitude. Ce qui est dur dans la solitude c’est le temps et de tenir dans la distance. Nous n’aimons pas quand cela s’éternise et aimons choisir quand nous sommes seuls ou pas. 

Dans une guérison intérieure, nous l’appelons la solitude spirituelle. L’avantage d’être seul pendant son éveil c’est que nous allons plus vite car nous sommes disponible et avons le temps pour nous y consacrer et nous concentrer sur le sujet. Nous allons plus vite quand nous sommes seuls. Quand nous sommes en couple, en famille, cela n’empêchera en rien le processus engagé mais prendra plus de temps et nécessitera d’apprendre à libérer du temps. Il y aura un recentrage nécessaire dans les 2 cas.

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise situation, il y a celle qui se présente à nous et qui nous correspond et nous devons apprendre à accepter de la vivre telle quelle.

« L’indicateur » à notre besoin de solitude sera de nous sentir « déconnecté » des autres. En nous reconnectant à l’unité, nous ressentons l’écart avec la dualité. Les autres en font parti.

Au début nous n’avons pas conscience qu’il s’agit d’une besoin, d’une nécessité. Nous sommes perturbés dans le sens où nous réalisons que cet état n’est pas lié à l’absence d’une personne physique justement mais un état profond de rupture à l’intérieur de nous.

Nous expérimenterons le sentiment de solitude inversée: se sentir seul même entouré et pas seul lorsque nous le sommes réellement.  C’est paradoxal. Nous ressentons un isolement intérieur très profond et souvent inexplicable. Quand nous le vivons nous sommes incapables de l’expliquer nous-mêmes et si nous en parlons nous sommes bien souvent incompris, ce qui est normal.

Nous allons vivre des pics de solitude à certains moments particuliers qui seront exactement là pour justement nous faire prendre conscience de notre insuffisance intérieure. Nous vivons cela afin de réaliser notre vide affectif. Notre manque. Nous nous manquons profondément et la solitude nous permet de le conscientiser.

Cette étape est notre traversée du désert. Elle annonce et amorce une autre étape. Elle est une des marches et une des leçons indispensables à notre enseignement à la guérison. Elle a sa place et du sens.

L’état de solitude permet l’état de dépassement. Nous devons accepter de le vivre pleinement et essayer d’accueillir ce moment pour apprendre à l’accepter comme une nécessité, une opportunité pour nous et ainsi assumer ce que cela implique.

Souvent notre entourage ne comprend pas notre isolement nécessaire. Ce qui compte c’est qu’il le respecte. C’est un moment de travail intense pour nous et qui demande de la disponibilité. Nous avons d’autres priorités dans ces moments là. En le vivant et en acceptant de le traverser, il va finir par s’atténuer et disparaître. Cela se répétera tant que nécessaire, tant que nous émettrons des résistances. Nous guérisons dans ces moments de lâcher prise intense. 

Chögyam Trungpa [ Maître bouddhiste tibétain] nous le décrit comme étant ce qui est appelé « le rugissement du lion ». Car quelle que soit le sentiment ou l’émotion qui survient en nous, nous cessons de fuir pour le vivre.

L’isolement sera vécu différemment en fonction de chacun de nous.  Nous ne sommes pas obligés de couper tout contact avec notre entourage et de cesser de vivre et de nous faire plaisir. Nous pouvons très bien vivre ces moments de libération et de rugissement en continuant notre vie, à rire et à jouir de l’existence. C’est plus une question d’entourage. Il n’est pas rare que nous ressentions des envies différentes en terme de compagnie. Nous recherchons plus d’ondes positives et sommes friands de légèreté, de bienveillance.

Nous trouvons sens à ces moments de solitude au fur et à mesure du cheminement et nous réalisons peu à peu sa nécessité. Cela devient évident que de se consacrer du temps. Qui l’aurait cru?

Nous apprenons à nous accorder de l’espace et du temps pour instaurer du silence en nous-même, pour entrer en résonance et trouver le sens et ainsi favoriser notre voyage intérieur.

©Adeline Ferlin- 2016